Feuille de Chou

Jeudi 17 juin 2004

 

Des jours que j’essaie de sortir quelque chose, et rien ne vient.

M’agace prodigieusement.

Normal, tout m’agace prodigieusement ces jours-ci.

Les ex me broutent, le mien comme les autres.

Ma famille me broute.

Mon boulot me broute.

Les mauvaises nouvelles me broutent.

Sans arrêt de mauvaise humeur.

Ma mauvaise humeur me broute.

Ai-je dit que j’étais prodigieusement agacé ces jours-ci ?

Ah bon, j’me répète ? ! !

Ouais, ben commencez pas à m’brouter hein ! ! !


Jeudi 10 juin 2004

 

Il y a des jours où, vraiment, tout va mal.

Pas de manière objective, pas concrètement.

Ça va mal, c’est tout.

On ne supporte rien, et plus le rien est petit, anodin, ridicule, moins on le supporte.

Besoin de s’énerver, de matérialiser son mal être et de le focaliser sur un objet.

Le vieux qui n’avance pas dans la rue et qui vous bloque.

La chef qui vous reprend quand c’est elle qui a tort.

Tout le monde vous gonfle, tout vous excède, à commencer par vous-même.

N’y prenez pas garde et ce sentiment prend de l’ampleur.

On se sent de plus en plus mal. Mal dans sa peau, mal dans ses baskets.

On ne peut plus se voir dans la glace. On ne supporte plus la façon dont on est habillé coiffé, on ne supporte plus sa gueule.

On se merdifie.

On s’enfonce dans la paranoïa : "ils rigolent de moi " ; " est ce qu’il m’aime vraiment ".

On se trouve pas à la hauteur, de rien. On a l’impression de tout rater.

On se replie sur soi. Le contact avec l’autre devient une épreuve.

Les larmes ne sont plus très loin.

Plus goût à grand chose

Marre de tout.

Et puis vient la colère. Colère contre cet état, colère contre soi.

Réflexe de survie, colère salvatrice.

Et puis il y a un jour où cela s’arrête.

Et on redevient le maître du monde.


Jeudi 3 juin 2004

 

Ci-après un extrait du dernier post de mon mien chéri, j’vous dirai après pourquoi je vous inflige cette lecture, lecture que vous pouvez prolonger (si ce n’est déjà fait, y en a qu’ont le vice dans le sang et le diable au corps) en lisant le reste ici.

" Plus jamais nos gros câlins ? Nos rigolades de p’tits cons ? Nos regards complices ? Nos moqueries très diverses et variées ? Je me souviendrai de lui au bar des Palmistes de Cayenne, sur la terrasse de la Guadeloupe ( " T’as pas dit Uno, ‘spice di counasse ! "), dans la Sarthe (ou à Pontault-Combault, des fois, ça ressemble étonnamment…), à l’Ikéa Paris Nord où il a fallu lutter pour ne pas se retrouver au MacDo (c’est mal), dans la maison de schtroumpf (un endroit confortable que nous regrettons tellement quand nous nous le remémorons non sans émotion : " Ah, le joli petit endroit, comme on dit dans l’Poitou ! "), dans notre appartement actuel qui restera pour moi le symbole de ma renaissance (une renaissance avec lui et grâce à lui), je me souviendrai de lui, de cet homme que j’aime tant, quand il boit un kir à la pêche (beaucoup moins vite que moi, il a trouvé son maître…), quand il conduit et qu’il pose une main sur ma cuisse, quand il lit au pieu un " Alix " ou un " Astérix ", quand il me répète pour la 40ème fois qu’à Macraloff la maire est communiste (Macraloff, ç’est le seul truc qui le fait radoter mon homme, kikikikikikiki…), quand il regarde un feuilleton pourrave à la téloche, quand il me dit : " Qui c’est qu’t’aimeûûûuuuh ? ", quand il est là, tout simplement, et qu’il me dit : " Tagueule, salope ! ", … "

 

Bon, je suppose que vous avez compris que le PaCa parlait de moi.

Et bien moi je dis " stop " aux cheveux cass … euuuh, non, c’est pas ça, je dis stop aux mensonges éhontés, aux calomnies insupportables et aux sous entendus spécieux !

Je vais ici même, et pas plus tard que maintenant, rétablir des vérités et laver mon honneur de la boue dont on l’a couvert : la cuistrerie ne passera pas, j’y veillerai.

Car, que lit-on exactement dans les lignes (très) rapidement barbouillées ci-dessus, huuum ?

Et ben j’vais vous l’dire moi : on y lit que je suis un bœuf fini qui traîne son mec à l’Ikéa de la banlieue nord et l’oblige presque à manger au MacDo.

On y lit que je passe mes journées à lui faire des doigts et lui dire Tagueule Salope.

On y comprend que je passe mes soirées à regarder des merdes décérébrantes à la télé, soirées que je finis au pieu à lire des bédés…

… à moitié bourré à force de boire des kirs à la pêche (boisson de tapette !).

On suppose que je le force à passer ses week-ends en jogging à manger des rillettes dans la Sarthe, ou que je lui mets de force un costume en tergal pour avaler jusqu’à la lie toutes les étapes d’un mariage provincial du côté d’Autun.

Enfin on y entend que je suis déjà complètement gâteux et que je radote sans arrêt.

Bien bien bien …

Tout ceci est faux, et comme on dit du côté de la Gaule belgique, ce ne sont que des carabistouilles !

Je démontre et donne ma version, la vraie, l’unique, et dans le désordre :

1- Tout d’abord, avant tout et en premier lieu, mes lectures assidues des album d’Asterix n’ont pour seule et unique raison que de fabriquer une espèce de Trivial poursuit spécial Asterix qui occupera petits et grands lors de nos aoûtiennes vacances des ‘Spices di counasses II, le Retour.

Il s’agit donc d’une lecture scientifique puisqu’il me faut chercher dans chaque album matière à questions difficiles.

2- Il est vrai que j’ai le réveil un peu … comment dire … difficile. Mais je n’agresse pas les gens en leur faisant des doigts et en leur disant " Tagueule, Salope " gratuitement. Non, il faut d’abord que j’aie été provoqué ! Et les provocations du PaCa, tôt le matin, sont d’une violence inouïe. Il peut me dire, par exemple : " bonjour ", ou pire encore : " je t’ai servi un café ".

Vous comprendrez que, dès lors, il m’est absolument impossible d’accepter un tel comportement et un tel langage à mon égard.

3- Vous m’imaginez dans une Peugeot 309, sièges en sky, volant moumouté et macaron " PSG " au retro, gueulant après l’encul … l’indélicat conducteur qui vient de me griller la priorité et main droite sur la cuisse de mon homme, gentiment assis à la droite de Die… du conducteur.

Et bien non, pas du tout ! Déjà, en voiture, je suis un modèle de civilité et de civisme, même avec l’autre encul … avec les conducteurs indélicats, et si, d’aventure, il m’arrive de poser ma main sur la cuisse droite de mon homme (ça commence à m’exciter), ce n’est qu’en témoignage d’un amour profond et non en beauf qui caresse Momone, son bien personnel comme ladite voiture ou le home cinéma acheté à crédit au Leclerc de la zone industrielle juste derrière Caucriauville, banlieue du Havre.

4- J’y peux rien si j’ai des amis qui habitent la Sarthe et qui nous invitent (l’avaient pas dit au début qu’ils habitaient la Sarthe, sinon y s’raient jamais devenus mes amis, ‘pensez bien), et ce n’est pas ma faute non plus si j’ai une cousine qui a décidé d’aller élever des vaches en Bourgogne (de toute façon, j’la renie, elle est plus de mon sang, l’avait qu’à pas aller s’exiler au-delà de la zone 3, ce qui était déjà très libéral de ma part).

5- Oui, c’est vrai, à Makraloff (ville chère à mon cœur), la maire est rouge (réélue au premier tour aux dernières municipales à 71%) et, pour y avoir mes racines, j’aime bien m’étendre sur l’histoire de la couronne rouge de Paris (ou ce qu’il en reste) … ET JE ME REPETRAI S’IL LE FAUT ET J’EXIGE QU’ON M’ECOUTE RADOTER… non mais.

6- Bon, d’accord, je bois du kir à la pêche.

Voilà, vous constatez à présent combien est odieuse cette campagne de désinformation qui n’a pour but que de me couvrir d’opprobre et jeter mon innocence et ma naïveté en pâture à l’ire populaire afin de me voir écharpé et finir la tête au bout d’une pique !

Si c’est pas malheureux une telle méchanceté.


Mercredi 26 mai 2004

 

Mon Zamour et moi-même, oserai je le dire, n’avons pas les mêmes penchants inavoués !

C’est triste mais c’est vrai, nous ne nous rencontrons pas sur un point pourtant crucial dans une vie de couple.

On n’aime pas les mêmes merdes à la télé.

Résultat : il va falloir toute la force de notre amour, un caractère en béton armé ainsi qu’une intelligence vive et subtile pour arriver à passer par-dessus ce terrible handicap qui pourrait nous coûter beaucoup.

Oui, je sais, ce témoignage vous accable.

Lui aime tout ce que le PAF peut offrir de plus merdique et gerbatif dans le domaine de la télé réalité.

Moi je peux rester avachi des heures devant le téléfilm le plus abrutissant (U.S.A. : twelve points) ou la série la plus poujado (France, TF1 : twelve points).

On est à deux doigts du conseiller matrimonial.

Pourtant il faut être tolérant et respecter les goûts de l’autre :

Moi, par exemple, je peux pleurer toutes les larmes de mon corps devant la gentille môman américaine qui se bat contre la terrible maladie évolutive, et à l’issue plus qu’incertaine, de son horrible chiard obèse (téléfilm en 2 parties, 4h45), ou bien encore vibrer devant le courage de ces pompiers qui sauvent une fillette de la terrible coulée de lave sortant de la gueule béante d’un cratère créé au beau milieu de New-York par un terrible tremblement de terre provoqué par des alliens qui détournent, en plus, une comète pour l’envoyer sur les Etats-Unis (et pas ailleurs, hein, ça vaut pas la peine, les alliens, eux, y savent reconnaître le seul vrai peuple élu, les caïds de la planète, nous aut’ on mérite à peine un petit tsunami, et encore, pas bien haut).

Et tout de suite après, sortir une de mes nombreuses diatribes qui gonflent tout le monde contre ces cons de ricains !

Lui, en revanche, ne peut pas voir en peinture tout ce qui est téléfilm, mais peut passer des heures devant Fogiel (grosse brelle) ou Ardisson (gros con).

Mais soyez heureux : nous avons trouvé le moyen de nous mettre d’accord et coupé la poire en deux dans le sens de la longueur, comme Salomon, en décidant que désormais, nous ne regarderions plus une de ses daubes, ni une des miennes, mais que nous ne concentrerions notre attention que sur des choses qu’elles sont vachement intelligentes.

Méthode appliquée dès lundi soir.

Et grand bien nous fit, car nous avons ainsi eu l’occasion, en nous détournant des émissions de télé-réalité-du-cul-qui-pue et des téléfilms pourraves (vade retro), et en choisissant de regarder, à la place, un reportage intelligent, éducatif et édifiant sur les sectes (oui madame), de nourrir malgré tout et contre toute attente notre méchanceté et notre voyeurisme, bas instincts et grands plaisirs qui font de nous cette espèce supérieure dans le monde animal : des Hommes (avec un grand H s’il vous plaît, ça englobe les femmes aussi, y a pas de raison, ‘sont aussi mauvaises que les autres).

Nous avons donc pu passer une bonne heure et demi au bord d’une apoplexie rigolistique largement inondée de larmes drolatoires. Les voisins en ont sûrement été tout chafouinés vu le nombre de décibels qu’ont du atteindre les rires du PaCa, mais en même temps c’est bien fait pour leur gueule, j’les aime pas.

Mais qu’y a t-il de drôle dans un reportage sur les sectes allez vous me demander, ô lecteurs pertinents :

Imaginez la scène : vous êtes une grosse truffe ahurie prête à se laisser engouroutiser par un escroc notoire, pardon, je voulais dire : vous êtes une personne fragile qui, devant la dureté de la vie et l’échec patenté de son existence, cherche du réconfort et du sens auprès d’une personne dotée d’une grande capacité d’écoute et douée d’un grand sens psychologique … et qui vous facturera la séance 500 € hors taxes.

Vous, Josiane (si, ça vous va très bien et non, ce n’est pas de la misogynie, c’était vraiment une femme dans le reportage), participez donc à une séance de lavage de cerveau collective, pardon, je voulais dire à un forum, et, n’écoutant que votre envie de vous en sortir, vous vous élancez sur une estrade devant des dizaines d’autres crétins … pauvres hères perdus, pour faire part en toute impudeur exhibitionniste … en toute franchise de votre expérience personnelle.

Donc, sous l’œil grand ouvert et l’oreille attentive (ou le contraire) de vos futurs coreligionnaires, vous entamez avec l’escroc … le formateur, le dialogue suivant :

  • Bonjour, je m’appelle Josiane
  • Bonjour Josiane
  • Voilà, j’ai des problèmes avec ma fille : je fais tout pour qu’elle ne réussisse pas sa vie amoureuse parce que tous les hommes sont des salauds.
  • Non Josiane, c’est pas les hommes, c’est toi qui es une grosse salope.
  • Rhaaagrekchiprrr … mais non, c’est pour son bien à ma fille que …
  • Non Josiane, c’est pour ton bien à toi que tu pourris la vie de ta fille. T’es rien qu’une grosse coche qui pense qu’à sa gueule et qui détruit les autres.
  • Maiiis, bouuuuuuhhh, j’aime ma filleuuuuh …
  • Non, connasse, t’aimes que toi, et en plus t’es grosse, t’es moche et tu pues.

D’après le journaliste, la pôv’ Josiane s’est fait dévisser la tête pendant 50 minutes, sans une seule réaction contre le gros connard qui la foutait en l’air. Ce qui amène plusieurs réflexions :

  1. Le pire c’est qu’il n’avait pas tort, le gros sanglier, elle avait vraiment l’air d’une conne qui pourrissait la vie de sa fille, la Josiane.
  2. Il a fait ce qu’on rêve tous de faire avec nos voisins, nos collègues, notre famille, les gens dans la rue : leur sortir qu’ils sont cons, laids, qu’ils puent et qu’ils nous font chier, un vrai bonheur réprimé, une frustration de chaque instant.
  3. Y a vraiment un nombre incroyable de moutons prêts à se faire tondre avec le sourire (mais ça on le savait déjà).
  4. Cette petite entreprise de décérébration est plus que florissante (chaque busard … stagiaire se doit de faire venir des proches –comme ce médecin qui avouait faire du prosélytisme auprès de ses patients, j’adore ce monde- afin qu’ils se fassent aussi laver le cerveau…. qu’ils se fassent aussi laver de tous leurs soucis et de tous ces blocages qui les empêchent d’avancer dans la vie), et quand on pense au fric qu’on pourrait aussi se faire …
  5. La misère des autres, on n’a rien inventé de mieux pour bien rigoler.

Mercredi 19 mai 2004

 

Il y a des dérives qu’il ne faut pas accepter, des situations qu’il ne faut pas laisser s’installer. L’heure est grave, des amies sont au bord du gouffre, un pas de plus …

Mon Zamour (qui en parle ici) et moi sommes décidés à sauver ces deux créatures égarées, privées de tout repère, même – surtout - le plus élémentaire : celui qui vous fait différencier un vrai mâle hétérosexuel, capable de répondre aux besoins que la nature a inscrit dans le creux de vos reins, d’une tapette ordinaire, tout juste capable de commenter votre dernier achat vestimentaire.

C’est samedi soir dernier, alors que nous passions gentiment la soirée à écouter des veaux slaves beugler et nous faire regretter de les avoir laissé entrer, tout en essayant de calmer le PaCa qui répétait sans cesse et en dépit de tout bon sens " j’y crois à fond, j’y crois à fond ", que le doute m’assaillit.

Mesdames MD et Presko, confortablement installées sur un magnifique canapé et trônant au milieu d’une compagnie exclusivement composée de représentants du sexe opposé au leur, ne réagirent même pas quand John (dont je n’arrache pas les slips, c’était un accident, j’vous jure), est arrivé accompagné d’un sien ami, inconnu de nous.

Grand, carré, plutôt bien fait de a personne, ressemblant un peu à Jeff Goldblum, en plus jeune et en mieux.

Je me tournai vers les deux ‘spices di counasses, le regard complice, m’attendant à un sourire réprimé et … rien, pas une réaction, pas un battement de cil, pas un tressaillement de poitrine, pas un gloussement ou même un regard en coin un peu appuyé vers le garçon.

Etrange. D’autant que les deux donzelles ne sont pas particulièrement farouches (‘vont quand même pas se récrier les deux vieilles chaudasses, c’est de notoriété publique).

J’ai eu beau les observer toute la soirée, rien de rien !

J’aurais pu m ‘ouvrir à mon homme de l’inquiétude qui me tiraillait de plus en plus, s’il n’avait été, tout le reste de la soirée, frénétiquement accroché à la télé en pleurant " pourtant j’y croyais à fond, pourtant j’y croyais à fond ", tout en récitant des formules magiques pour faire mourir dans l’instant et dans d’atroces souffrances ce pauvre Jonathan Stéradent, toujours sous le choc de sa rencontre avec une pauvre fille sur échasses et ridiculement accoutrée, s’acharnant à tuer les derniers espoirs de mon chéri, sur une chorégraphie de Kamel Ouali.

C’est hier que les deux ingénues nous ont avoué avoir cru toute la soirée que le jeune homme viril et sûr de lui qui faisait des commentaires précis sur la plastique des femmes et non sur la couleur de leur body était pédésexuelducu.

Ces deux femmes, réputées dans tous les bars pour célibataires de la capitale, et même au-delà (je me suis laissé dire qu’il n’y avait pas un mâle aubois qui n’y ait laissé quelques plumes), pour être les deux plus grandes tombeuses du siècle ont confondu 5 tatas sautillantes avec un vrai mâle reproducteur.

J’ai essayé de trouver des raisons pouvant expliquer cette déliquescence hormonale : effluves tchernobylesques irradiantes et très perturbantes provoquées par le triomphe de Xena la guerrière ; assoupissement du à une repas digne d’un 4* et mijoté pendant des heures avec amour et savoir faire (ouais, c’est moi qu’ai cuisiné, comment zavez deviné ?) ; terminaisons nerveuses pilonnées et ne répondant plus par suite d’overdose de songcontest ; too much gin tonic …

Rien pouvant expliquer un tel manque d’acuité de ces deux grands prédateurs.

Plus qu’une seule explication : mimétisme, réflexe pavlovien : elles ne réagissent plus qu’avec des pédés, parce qu’elles se prennent pour des pédés ! !

Terrible vérité, terrible réalité.

Mais en vérité je vous le dis, NON, LES FILLES, VOUS N’ÊTES PAS DES PEDES ! ! !

Alors, avec nous, participez à la grande opération : " Sauvez les filles ! " en envoyant ici et ici vos liens vers des publicités de déodorants " Pour nous les hommes ", vos messages de soutien, vos photos de vrais mecs, vos propositions de rendez vous dans des hôtels borgnes, vos mensurations, vos poèmes érotiques, vos invitations pour un dîner au Courtepaille de l’aire de repos de Corbeille sud (Mâme Presko en sera très touchée, elle connaît le menu par cœur), bref, sortez les de cette léthargie qui les englue, aidez nous à les réveiller.

Merci pour elles.

 

Manquerait plus qu’elles tournent lesbiennes … déjà que …

 

 


Jeudi 13 mai 2004

 

Madame B., de loin ma collègue préférée (voir 2 textes plus bas), fait, à mon contact, des progrès quotidiens extraordinaires dans le domaine de la maîtrise de son environnement professionnel.

Pas plus tard qu’hier, elle m’avouait avoir enfin compris que le bruit récurrent et très désagréable qui la gênait si souvent ne provenait pas d'un dysfonctionnement de son ordinateur, comme elle l’avait longtemps pensé.

Découverte d’autant plus rassurante qu’à chaque fois que ce bruit se manifestait, elle quittait précipitamment le bureau, de peur que son écran ne lui explose au visage.

Elle était bien heureuse hier, Madame B., d’avoir compris que ce sifflement venait de la bouilloire de sa collègue (Melle Marie-Grenouille de Bénitier, vieille famille, j’en parlerai un jour) placée à 1, 5 m de ses oreilles.

Oui

Le seul détail chiffonnant, c’est qu’elle ne savait pas comment l’éteindre cette bouilloire, Madame B.

Et si c’était dangereux ? !

Elle est donc allée voir un de ses collègues pour lui demander ce qu’elle devait faire.

  • Débranchez la bouilloire !

C’était un conseil clair et net, claquant, pas de risque de se tromper.

Madame B. est donc retournée dans son bureau, s’est dirigée d’un pas assuré vers la prise électrique, s’est penchée et a tiré le fil d’un grand coup sec … débranchant ainsi l’ordinateur de Marie-Grenouille … qui n’avait pas enregistré son travail de la journée …

C’est ballot.

Prochain épisode : Madame B. découvre que le télex est en réalité … un fax.


Mercredi 5 mai 2004

 

Il y a des liens dont on a peur qu’ils évoluent dans un sens qu’on ne souhaite pas ; celui de l’affaiblissement, de la pauvreté, celui de la disparition.

On peut aussi avoir peur de penser qu’ils doivent évoluer. Peur d’accepter qu’ils doivent peut-être se rompre.

On ne passe pas dix années avec quelqu’un sans tisser des liens très forts, avec des tiers s’entend : amis, famille …

Quand on met un terme à ces dix années de vie commune, quid de ces liens qu’on pensait, qu’on espérait inaltérables ?

Qui va t-on perdre ?

Que va t-on perdre ?

Je ne parle pas de la perte d’amis plus ou moins vagues, de la famille de l’autre, plus ou moins lointaine.

Non, je pense à ces êtres si proches, par rencontre, par choix, qu’ils vous sont plus précieux que beaucoup de ceux censés l’être, parce que de votre sang, mais qui pourtant ne le sont pas.

Je pense à ces êtres qui vous ont apporté tellement. Infiniment plus que vous n’en demandiez.

Ils ont été un réconfort, un havre où votre cœur allait se réfugier en cas de besoin, toujours.

Ils ont été, ils sont un modèle, une référence absolue, défauts inclus.

Ils ont toujours été là, à l’écoute, sans jamais juger, toujours compréhensifs. Avec discrétion, délicatesse, jusqu’à l’effacement parfois.

L’affection qu’ils vous témoignent vous fait croire que le peu que vous leur apportez est énorme. Là aussi, suprême don.

Ces liens là, vous prenez le risque de les rompre, le jour où vous partez. Partir est un choix. Nécessaire.

Je me suis longtemps dit " je ne peux quand même pas rester avec lui pour sa famille ". Phrase étrange, a priori. Mais combien restent en couple pour des raisons extérieures à leur couple ?

Ils sont nombreux. J’en faisais partie. Je ne partais pas.

Puis je suis parti. Je l’ai quitté.

Et mes craintes se sont envolées. Ceux que je craignais de perdre, je ne les ai pas perdus.

Ne restait qu’une personne. Celle qui comptait le plus. Celle qui est le cœur de ce post.

Post qu’elle ne lira pas, sinon comment aurais-je pu avoir tant d’impudeur.

Je vais voir cette personne ce week end. Après des mois de silence de ma part. Par culpabilité, par peur, par lâcheté.

Elle ne m’a pas fermé sa porte. Elle a dit des mots très forts. Des mots qui m’ont fait pleurer, des mots qui l’ont fait pleurer.

Comme toujours elle n’a pas jugé. Mieux, elle a compris. En dépit du mal que je faisais à celui que je quittais et qui était l’être qui comptait le plus dans sa vie, son petit-fils.

Je ne sais pas ce que vont devenir nos liens. Je me suis souvent demandé si nous existions, elle et moi, ensemble, sans ce trait d’union qu’était Cyril. Je pensais que oui. Je le pense toujours

Mais quoi qu’il arrive, l’éloignement, la mort, je te remercie d’avoir été autant pour moi. Merci pour ces dix ans qui m’ont forgé, qui m’ont appris tellement. Merci pour tout cet amour, pour toute cette force. Merci pour avoir tellement contribué à faire celui que je suis devenu, celui que je deviens chaque jour.

Merci pour tout.


Mardi 4 mai 2004

 

Aujourd’hui La Planque a accueilli un Nouveau Collègue.

Oui !

  • Bonjour Nouveau Collèg … hhhâââaaarrgggschuurpppkrrrrrrrrr teuuheuuh … ‘scusez moi j’ai, euuuuurâââaaleeuuuhh, avalé ma langue, oui, c’est ça, j’ai avalé ma langue …

C’est à peu près la réaction que j’ai eue quand je l’ai vu. Et pourtant je l’avais déjà aperçu une fois précédente. J’aurais du pouvoir me contrôler, contrairement à mes autres petits camarades  qui rencontraient Nouveau Collègue pour la première fois  et dont j’attendais les réactions avec une impatience à peine contenue (je leur avais parlé d’une grosse surprise, distillant petites remarques et faux indices, histoire de les préparer à ne pas pouvoir se maîtriser).

J’espérais des cris d’horreur, des fou rires incontrôlables, des bégaiements confus et inaudibles, des visages passant du blême au rouge violacé, etc … en guise de bienvenue.

Bref, n’importe quoi pouvant, dès la première minute, plomber l’ambiance du gentil petit groupe et plonger une dizaine de personnes dans une gêne difficilement oubliable par la suite, une gêne qui se serait insinuée dans les rapports quotidiens avec Nouveau Collègue, gêne présente à chaque rencontre : le bonjour du matin, se croiser au détour d’un couloir, à la photocopieuse ou, mieux encore, aux toilettes.

J’aime bien ça, je suis mauvais. Et puis je m’ennuie, alors faut bien que je m’occupe.

Faut dire qu’on atteint rarement un tel degré dans la mocheté. Presque de l’art. Le visage de Nouveau Collègue a toutes les caractéristiques d’une pizza, agrémentée d’une magnifique moustache qui alourdit encore plus le portrait au lieu de jouer le rôle qui a sûrement incité son propriétaire à la laisser pousser, à savoir cacher le plus possible ce faciès rappelant furieusement les paysages qu’offraient les régions du nord de la France en 1918.

Bords grumeleux et vaguement blanchâtres (couleur dont on ignore si elle est naturelle ou le fruit de l'accumulation - là y a surpopulation - de boutons purulents) ; milieu de ce que nous appellerons par convention plus que par réalisme " le visage " rouge tomate ; relief du dit "visage" très prononcé (au moins 5 cm de dénivelé entre les creux et les crêtes qui sculptent cette admirable face) ; olives noires ; croûtes dans les coins ; huile piquante (très grasse) ; fromage fondu …

Ce qui est sûr c’est que ce n’est pas une pizza végétarienne.

Quand on en arrive là, on n'attend plus du pauvre bougre qu’il ouvre la bouche et qu’il nous éblouisse par l’incroyable force d’un charme a priori pas très évident, on espère un timbre de voix grave et cuivré, une pertinence fulgurante et supérieure dans chacune de ses paroles, … bref kekchose quoi, un miracle.

Ben nan, pas là !

Là on s’dit : " putain c'est pas vrai, encore un neuneu  ! et avec une voix d’crécelle, en plus ".

Bon, je suis peut-être un peu méchant, je l’admets. Mais c’est pas entièrement de ma faute, je suis poussé. Je suis environné par tout ce que l’administration peut faire de mieux en terme de 1% en tout genre : dépressifs, débiles légers, hémi-para-mégasupraplégiques, dépressifs ET débiles légers ET hémi-para-mégasupratouçatouçaplégiques, syndicalistes en rupture de base, anciens membres de l’Education Nationale en phase (longue et pénible) de réadaptation, gros relouds de tout poil … y en a pour tous les goûts.

Et parmi tous ces spécimens, le cas de Madame B. est mon préféré :

Madame B., charmante dans son genre, m’a déjà offert le mug de " la bande à Tchô ", cadeau qu’elle est spécialement allé chercher pour moi au McDo du coin, son fournisseur officiel (et exclusif à en juger par sa taille) en aliments non essentiels pour l’organisme, voire  non comestibles.

Madame B. est bien gentille de m’avoir offert ce mug pour mes cafés du matin, du matin et demi, du midi moins le quart, et tous ceux de l’après-midi (je bois beaucoup de café).

Cafés qu’elle prend désormais systématiquement avec moi, tous les jours, tout le temps … même qu’elle vient me chercher afin que je le prépare, le café (elle n’a pas encore compris le fonctionnement de cet appareil hautement perfectionné qu’est la machine à café). Elle tient par dessus tout à ce que j’aie la joie de partager ce moment de convivialité avec elle, qui me parle de tout, surtout d’elle, tout le temps, sans s’arrêter, jamais …

Madame B. est bien gentille de m’écrire des poèmes, pleins de cette sagesse qu’a su accumuler une femme de 50 ans (biens tapés), sous tranxène (triple dose, camisole chimique ++) depuis 25 ans. Il faut dire que ses fréquents et longs séjours dans une maison de …euuuh… repos, lui laissent beaucoup de temps pour s’adonner aux plaisirs de l’écriture.

Madame B. a ses petits problèmes informatiques (toutes les 10 minutes), que je lui règle ; ses petits problèmes de travail (toutes les 5 minutes), que je fais à sa place parce qu’elle n’y arrive pas ; ses petits problèmes de téléphone (elle me refile tous ses appels, 'comprend pô c'qu'on lui dit), ses petits problèmes de ci (toutes les 1 minute) et ses petits problèmes de ça (toutes les 30 secondes).

Madame B. commence sérieusement à me les hacher menu menu.

Avec 2 ou 3 camarades, des p’tits cons comme moi qui aiment se foutre de la gueule de leurs collègues, on a décidé d’accoupler Nouveau Collègue et Madame B.

Ensuite on noiera les petits.


Jeudi 29 avril 2004

Ce soir avec Mesdames Crécrémégamessante et JustDemenagée, objectif : laminer les oreilles et le cerveau du PaCaZamour en hurlant 2h30 durant : Juuuliiiiiiieeennnnnnn, hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

 

Et lui barboter discrètement son tel portable pour envoyer des SMS pour voter pour ...   Juuuliiiiiiiiiiiieeeeeeeennnnnn, hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii


Lundi 26 avril 2004

 

Rien de tel qu’un petit déménagement (posologie : une à quatre fois par semaine pendant un mois) pour vous remettre d’aplomb !

Mais il faut respecter certaines règles de base :

  • N’accepter de déménager que des appartements situés dans les étages supérieurs (JAMAIS en dessous du 4ème) d’immeubles dépourvus d’ascenseur.

  • Préférer les immeubles parisiens anciens avec cage d’escalier de 87 cm d’envergure.

  • TOUJOURS déménager le soir, de préférence aux horaires de retour de bureau des voisins (avantages : escalier encombré et vous ne finissez pas avant minuit), ou le week-end au moment de leur de sortie en ballade (avantage : mamie descend promener le petit-fils et en profite pour s’entretenir avec vous du temps magnifique qu’il fait et du retour du printemps, pendant que vous tentez l’impossible pour ne pas lâcher ce putain de sèche linge que votre copain ou copine a eu la bonne idée – sans vous prévenir – de bourrer de bouquins, " pour gagner de la place et avoir moins de cartons à porter ", et qui glisse de plus en plus de vos mains, elles mêmes de plus en plus moites).

  • Si on vous impose un déménagement avec ascenseur (un comble), s’arranger pour que celui-ci soit trop petit et que vous vous retrouviez coincé dedans avec un frigidaire (modèle " Famille américaine" , taille  "spécial obèses ") qui vous compresse la poitrine et menace de faire chuter l’ascenseur de l’étage 4 où vous vous trouvez jusqu’au au sous-sol moins 4, version Tour infernale, aucune chance de survie.

  • Privilégier les déménagements où l’on vous annonce que vous ne serez que deux pour porter une machine à laver (3 épaisseurs de béton autour du tambour), un lave vaisselle (lavage 24 couverts, famille TRES nombreuse), un frigidaire (lire au-dessus), un canapé (souvenir de grand papa, armature en fonte, convertible couchage 25 personnes).

  • Choisir d’aider des amis ayant un sens aigu de l’espace-temps et qui ont donné rendez-vous à l’appartement à vider aux uns et à l’appartement à remplir aux autres, avec entre les deux rendez-vous un intervalle d’un quart d’heure, ce qui est bien évidemment suffisant, sachant que le trajet séparant les deux appartements nécessite de se taper les ¾ du périph’, un vendredi soir à l’heure de sortie des bureaux et de départ en week-end.

  • Opter pour le supplément " j’ai aussi quelques affaires à récupérer chez mes parents en province, ça pose pas de problème si on part demain matin en camion à 6h, ça nous laisse quand même deux heures de sommeil pour récupérer, cool, non ? … et comme ça on en profitera pour faire un petit détour par le Carouf de la zone industrielle nord de Saint-Fondutrou-lès-paumez " pour acheter un salon de jardin complet en teck massif renforcé … et même qu’avec un peu de chance on sera rentré sur Paris avant les retours de vacances et les méga embouteillages … peut-être … ".

 

Liste non exhaustive, bien entendu …

Et ça déménage ici aussi !


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